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31 Mai 1903 « La Famille » Journal hebdomadaire illustré

 

La pluie et le beau temps

 

 

         S’il est une question passionnante à l’heure actuelle, c’est assurément celle de la température. Pleuvra-t-il aujourd’hui ou fera-t-il beau ? Tel est le point d’interrogation qui se dresse devant chacun de nous, tous les matins. Et pendant quelques secondes, nous interrogeons le ciel avec anxiété et lorsque nous avons cru découvrir que le temps est au beau, nous refermons la fenêtre plus contents, la tête toute illuminée de pensées heureuses.

          Voilà bien des jours que pareilles joies nous ont été refusées, car le mois de mai, qui ne va jamais sans être précédé du mot joli et que les poètes ont appelé le mois d’amour, fut pour nous morose.

           Sans partager absolument l’avis d’Arago, qui affirmait qu’on est dans l’impuissance absolue d’annoncer, avec quelque certitude, le temps qu’il fera une année, un mois, une semaine, un jour même à l’avance, je n’accorde qu’une confiance très limité aux pronostics de la météorologie. Certes, je n’y contredis pas, cette science a fait de très grands progrès pendant le siècle qui vient de s’écrouler et, grâce aux nombreuses stations météorologiques qui ont été établies en Turquie, en Amérique, en Algérie et en Asie, où les plus minutieuses observations sont faites exactement à la même heure et immédiatement télégraphiées en France, au Bureau central Météorologique, et aux Etats-Unis, au Signal Service, on peut constituer des cartes synoptiques du temps présent et établir les probabilités du temps en les comparant les unes au autres ; cependant, il ne faut pas prendre au pied de la lettre les prédications de nos savants, car les conditions atmosphériques variant selon les climats et même sous le même climat, selon la configuration du sol, selon l’existence ou la non-existence des montagnes, selon la proximité ou l’éloignement de la mer, les pronostics ne peuvent donc être que très variables et, partant, ne méritent qu’une confiance très relative. J’ajouterai plus facilement foi aux prévisions purement instinctives de nos marins. Car celui qui passe sa vie dans les champs ou sur la mer, finit par lire dans le ciel comme dans un livre ouvert. Et si vous questionnez un cultivateur ou un marin sur le temps qu’il fera, il vous dira bien vite qu’un ciel tout rouge le matin, avant le lever du soleil, annonce le beau temps. Au nombre, à la forme, à la direction des nuages, le cultivateur reconnaîtra tout de suite si une tempête est proche ; le marin se guidera sur l’apparence des vagues. Et, nous-même, en nous basant sur des constatations déjà établies depuis bien longtemps, nous pouvons, comme les météorologues les plus distingués, pronostiquer le temps.

           La tradition nous apprend qu’on peut tirer des pronostics sur la température d’après les vents, d’après les animaux, d’après certains corps d’un usage habituel, et d’après les phénomènes atmosphériques. Je ne m’arrêterai pas sur les pronostics d’après les vents ;

           Nous savons tous que le vent du Nord indique le beau temps, le vent du Sud, le temps chaud et humide, le vent de l’Ouest, le temps doux et pluvieux.

           Quant aux pronostics d’après les animaux, ils sont bien curieux.

           Les brebis broutant plus activement que d’ordinaire, des bœufs au pâturage se rapprochant les uns des autres, les poules se roulant dans la poussière, les vers de terre sortant en grande quantité, les dindons se rassemblant en troupe, sont autant d’indices de pluie. Les chauves-souris plus nombreuses et voletantes davantage, les guêpes faisant leurs nids en plein champ, dans les broussailles, indiquent le beau temps. Il est très simple de tirer des pronostics d’après certains corps d’un usage habituel. La flamme de lampe dont la mèche étincelle et la suie qui se dégage des cheminées sont des indices de pluie ; la flamme droite et tranquille dans les foyers, annonce le beau temps.

           L’atmosphère nous fournit un vaste champ d’observations. Les brouillards s’élevant pendant le beau temps, les petits nuages blancs passant devant le soleil, indiquent la pluie. Le brouillard survenant pendant le mauvais temps, les nuages descendant très bas après la pluie, sont des indices de beau temps.

         Et maintenant, messieurs mesdames, puisqu’un philosophe a écrit quelque part que les êtres dont l’inconscient fonctionne bien et se trouve sur le même plan que l’intelligence, peuvent très bien lire l’avenir et pressentir les évènements, faites vos pronostics.

          Puissiez-vous nous prédire le beau temps.

 

 

                                                                                                                           Robert Eude

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