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          De toutes les fleurs, la tulipe est peut-être celle qui offre dans sa parure la plus grande diversité ; les horticulteurs hollandais ont su créer des tons inattendus, amalgamer entre elles des nuances claires et foncées, en lamer les pétales avec une fantaisie incomparable, les strier, les moucheter, les flammer, les border audacieusement de bandes, de points, d’onglets de nuances criardes et pourtant harmonieuses.

           Tulipe viendrait, dit-on, de tulipant, mot turc qui veut dire turban ; ce nom lui aurait été donné à cause de sa ressemblance avec la coiffure nationale des pays orientaux ; la diversité de ses corolles permettrait plus justement de la comparer à l’élégantes coupes qu’à de vulgaires turbans.

Quoique originaire du Levant, cette plante a été si bien naturalisée dans les Pays-Bas qu’on a fini par la considérer plutôt comme une création hollandaise que comme un produit levantin.

            C’est en Hollande que régna, en effet, la tulipomanie. Avoir des tulipes, fut une mode qui ruina bien des gens. On faisait venir à grands frais, et pour des sommes fabuleuses, des oignons de Constantine.

             Bientôt, cette plante devint l’objet d’un agiotage effréné, qui arriva à son paroxysme vers la moitié du XVIIè siècle. L’occasion naquit du fait suivant :

Le gouverneur du Brabant voulant témoigner sa reconnaissance à un armateur de Rotterdam, nommé Van der Spelt, - qui lui avait fait venir du Japon, sans vouloir en accepter le remboursement, un magnifique service de porcelaine portant ses armes – connaissant le goût du Rotterdamois pour les tulipes, s’en procura six, d’une grande rareté alors, qu’il paya comme suit : le Schilder, 2 000 florins ; le Vice-Roi, 4 200 florins ; l’Evêque, 5 100 florins ; le Semper Augustus, 10 000 florins ; l’Astrie, 12 000 florins, et l’Amiral Liefken, 15 000 florins.

             Ce qui , en tenant compte de la plus-value de l’argent, à cette époque, ne laissait pas que de former une somme un peu inférieure à 300.000 francs dans les années 1900.

                               Le tout pour six oignons.

               Or, à la suite de cette mode, de cette manie, il advint que la tulipe étant devenue la chose la plus précieuse qui  fût parmi les fragilités humaines (on sait l’histoire de ce paysan goulu et inexpérimenté qui croqua, avec son pain, pour 50 000 francs d’oignons, trouvés sur une planche d’une serre), on en fit le type, l’espèce d’étalon d’une valeur imaginaire.

             Ainsi, pour ces tulipes, on offrait de livrer, à une époque fixée, (liquidation pour parler comme les boursiers) une espèce rare. L’époque de la livraison venue, le prix où se trouvait alors l’oignon servait à établir le gain ou la perte du spéculateur. Ils arrivait presque toujours que ce même oignon fut vendu et revendu dix, vingt fois par les agioteurs qui, en résumé, se souciaient assez peu de voir fleurir le Vice-roi ou l’Amiral Liefken, et qui ne songeaient qu’à repasser à un autre, et le plus avantageusement possible, le précieux tubercule. Il arrivait aussi  que l’oignon n’existait que dans l’imagination du premier vendeur. Or, il advint qu’un spéculateur pour mieux affrioler ses clients, leur proposa le Grand Javanais, bulbe très rare, que les plus ardents amateurs ne connaissaient que par des estampes coloriées à la main, et dont l’avant-dernier spécimen avait, disait-on, été écrasé, dans ses jeux, par un enfant de la cour de duc d’Albe.

              L’agio se précipita sur cette denrée et, de mains en mains, la rétrocession du marché en porta le prix à une somme que nous n’osons transcrire. Bref, le dernier acquéreur,à la veille de la livraison, se trouva être le nabab, qui vivait dans un des villages chinois de la Hollande, et qui rêvait d’embellir sa vie de cette liliacée. La date venue, il se présenta donc chez son cédant, la somme énorme à la main, pour prendre livraison de la plante merveilleuse. Mais le cédant ne l’a pas, il va la demander à son vendeur, lequel, non mieux fourni, se retourne à son tour en arrière…si bien que, de demande en demande, on remonte au détenteur définitif, au pro-clameur ou plutôt à l’inventeur de la fameuse fleur. Et impossible à lui d’en offrir autre chose que l’image.

                 Le nabab se fâche, fait    du bruit, du scandale, saisit l’autorité de sa réclamation acharnée. On emprisonne le spéculateur déshonnête, qui n’en livre pas plus pour cela l’oignon, et le gouvernement, éclairé sur ces manœuvres, lance un décret qui frappe de peines sévères ceux qui s’adonnent à l’agio sur les tulipes. A dater de ce jour, l’engouement cesse et les oignons retombent, peu à peu, à des prix raisonnables – des prix de cuisine, pourrait-on dire ; - le public ignore que la bourriche, qu’il achète  au marché au fleurs, contient souvent le Schilder, l’Evêque, le Semper Augustus, l’Astrie, toutes ces espèces si follement recherchées autrefois dans leur rareté extrème, et que le gouverneur du Brahant paya presque 25 000 francs pièce pour les offrir au menheer Van der Spelt.

                Pour être moins chères, les tulipes n’en sont pas moins recherchées et , dans les appartements, l’on peut tirer un parti très heureux de leurs vives couleurs et de la  conformation particulière de certaines espèces qui, comme les Dragonnes, ont une certaines analogie de forme avec une les orchidées.

               Ces plantes se forcent très aisément dans les appartements, et leur culture sous verre, en vue d’obtenir une floraison plus hâtive, constitue une véritable industrie dans tiut le cntre et le nord de l’Europe. Des millions de bulbes, des variétés précoces, principalement, des Duc de Thol simples ou doubles, sont forcés tous les ans. On les voit en quantité aux devantures des fleuristes, à la fin de l’hiver généralement, réunis par  trois, dans des vases de petite dimension, où les plantes semblent fort à l’étroit. C’est qu’en général, elles n’ont pas accompli dans ce vase toute leur végétation. Les oignons sont d’ordinaire mis par centaines sur une couche chaude et relevés à mesure que leur floraison est suffisamment avancée avec la terre adhérente à leurs racines. On peut de la sorte composer à coup sûr chaque potée avec trois plantes également avancées, tandis qu’en plantant dès l’abord trois bulbes à demeure dans un vase, on ne peut être certain qu’ils fleuriront simultanément.

 

 

 

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