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            Avec les pluies tièdes du printemps, la sève contenue dans la nature éclate de toutes parts. Les arbres se couvrent de bourgeons, les haies verdissent et les prairies, ruisselantes de rosées, étincellent sous les rayons du soleil. Au bord des chemins, sous l’herbe des talus, la tendre violette sourit dans son épais feuillage ; elle souhaite joie et bienvenue au passant, elle célèbre le renouveau de la nature en fête.

          A sa suite, les simples fleurettes accourent dans la prairie sur les bords des ruisseaux ; la campagne se pare, étalent sa beauté toujours jeune, célébrant la gloire du Créateur, que chantent dans les buissons les oiseaux en quête d’une place pour bâtir leurs nids.

          La violette est liée à tous les évènements de la vie de l’homme. L’enfant, à sa vue, pousse un cri de joie, la cueille et la porte à sa mère, qui le remercie par un baiser ; l’amoureux en fleurit le corsage de celle qu’il aime ; nous en formons des couronnes pour le cercueil de ceux que nous pleurons.

En tous pays, la violette annonce le printemps avant les hirondelles.

Emblème du mérite modeste, de l’innocence, de l’amitié, elle croît à l’ombre et cherche le mystère.

          Alphonse Karr, dans une spirituelle boutade, a dit que, loin d’être humble comme on se plaisait à le dire, la violette avait une coquetterie des plus raffinées, et ne se cachait que pour se faire chercher. Laissons à cette aimable fleur la place modeste qu’elle s’est choisie dans le merveilleux cadre de la création ; la gloire va parfois trouver les humbles et la violette à son histoire à travers les peuples, son origine se perd dans les temps fabuleux.

          La nymphe Io, aimée d’Apollon, résiste à ses instances ; les dieux indignés la métamorphose en violette. Depuis, la fleur timide fuit l’éclat du soleil, vierge chaste, elle se dérobe aux regards profanes, ne révélant sa présence que par son parfum.

          Les Grecs et les vieux Celtes l’avaient en vénération, ils en décoraient le cercueil de la jeune fille enlevée trop tôt aux caresses de sa mère. La mythologie nous dit encore que Vulcain, voulant plaire à Vénus, se couronna de violettes ; sensible à leur douce senteur, la belle déesse sourit à son époux et se rendit à ses transports. Dans l’antiquité, la violette passait pour prévenir la fumée de l’ivresse. Athènes la cultivait autour de sa cité. Les poètes, non moins passionnés que les déesses de l’Olympe, ont célébré l’humble fleur des champs et l’ont décernée comme récompense au mérite.

          Pendant le moyen âge, les "chapels" de violettes étaient fort à la mode.

Le peintre Grotto représenta la belle Laure, la muse de Pétrarque, un bouquet de violette à la main.

          La politique s’en est emparée et en a fait un signe de ralliement dans les troubles de 1815. Tandis que Napoléon, sur le triste rocher de l’île d’Elbe, épiait de son regard d’aigle l’instant favorable pour ressaisir son empire, ses amis complotaient dans l’ombre pour favoriser son retour, qui devait coïncider avec l’époque où fleurirait la violette.

           La nature, variant son espèce, a répandu la violette dans toutes les régions du globe ; sur les montagnes, dans les vallées profondes, sur les verts gazons. En Sibérie, au cap de Bonne-Espérance, dans les îles de l’Archipel Indien, parmi les neiges des Pôles et dans les terres brûlantes de l’Equateur, partout la violette s’épanouit gracieuse et odorante. Lorsque, gravissant les pentes escarpées du pic de Ténériffe, le voyageur commence à approcher des bords du cratère qui couronne la cime du volcan, quand tous les végétaux semblent reculer devant l’aridité du climat, la violette apparaît, montrant sa corolle bleutée, au milieu même des laves qui couvrent le sol. Fidèle à sa devise, elle recherche les lieux écartés et veut donner son charme aux pays les plus déshérités.

           Introduite dans nos cultures, la violette a donné les plus belles variétés ; elle est devenue l’objet d’un important commerce. Elle fournit au distillateur un parfum exquis et discret, au teinturier une couleur bleu pourpre et au  chimiste un réactif puissant ; les acides font passer instantanément cette couleur au rouge et les alcalis au vert. Les bestiaux mangent avidement la fleur de la violette. Cette fleur est une richesse, elle est aussi un bienfait ; après avoir souri à nos joies, elle calme nos maux.

           Tandis qu’au printemps, les amoureux, dans les sentiers ombreux, cueillent la violette en échangeant ces promesses d’amour dont les oiseaux moqueurs se rient en passant, voyez cette femme pâle, à la mise modeste, au regard sans joie ; elle se penche, ramasse la jolie fleur bleue et, sans en respirer le parfum, qui peut-être évoque aussi en elle un rapide souvenir de jeunesse, elle jette les violettes dans sa corbeille et regagne le logis où un enfant malingre, fiévreux, tousse, sur sa pauvre couchette blanche, attendant avec ardeur la tisane bienfaisante qui apaise son mal.

           Pauvres fleur ! Disons-nous souvent en versant, sur les pétales fanés, l’eau qui bouillotte près du feu. Toutes chose n’éveille-t-elle pas en nous un souvenir du passé ?... Moi, je ne puis, sans sourire à une pensée lointaine, entendre le bouillottement de l’eau qui chauffe.

           Quand j’étais enfant, mes grand mères me contaient de merveilleuses histoires de fées et de belles princesses persécutées, que venaient délivrer d’héroïques chevaliers, et comme le bon Lafontaine, j’y prenais un plaisir extrême.

            Il y avait surtout une noble dame, très peu pitoyable à ses nombreux prétendants et qui plaçait le don d’elle-même à si haut prix que nul chevalier, malgré des prodiges de vaillances, n’arrivait à la conquérir. Yolande était belle comme le jour ; les fées qui avaient présidé à sa naissance lui avaient donné des yeux bleus comme la pervenche des bois, des cheveux aussi blonds que les blés mûris, des dents enlevées à un merveilleux écrin, un teint plus blanc que le lys de la vallée, plus doucement coloré que la fleur de l’églantine ; son sourire était un enchantement et sa taille celle d’une déesse.

            Tous les chevaliers, à vingt lieues à la ronde, étaient amoureux de la belle châtelaine et pour elle parcouraient le monde, secouant en son nom le veuve et l’orphelin, et se couvrant de gloire dans les tournois. Pressée de faire un choix, Yolande promit sa main à celui qui lui apporterait une écharpe couleur du temps, une robe en feuilles de rose et l’eau qui chante.

            Cette eau qui chante faisait travailler ma jeune imagination, et je me disais, que si même un chevalier hardi pouvait enlever ai firmament l’écharpe brillante que forme l’arc-en-ciel, dépouiller d’innombrables buissons de rose pour en former une robe, jamais on n’eût pu trouver nulle part l’eau qui chante…

           Depuis, en écoutant le bouillonnement harmonieux de l’eau chauffant, je me suis dit : «  Il n’y avait pas à aller loin pour trouver l’eau qui chante. »

           Mais les héros d’alors menaient vie si dure qu’ils n’étaient pas sujets à prendre des rhumes, et les récits du temps ne nous disent pas que les nobles châtelaines faisaient de la tisane pour leurs vaillants chevaliers.

 

 

 

 

 

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