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Le chef-d'œuvre de Dieu

 

Quand il eut tout créé : cieux clairs, oiseaux siffleurs,

Montagnes de granit, rivières vagabondes,

Quand du bout de son doigt, il eut brodé les fleurs,

Et du bout de son pied donné le branle au monde,

 

Dieu fit l'homme et voulant lui montrer l'univers,

Il prit sa frêle main dans sa main grandiose,

Puis, l'emmena, par les champs blonds, par les bois verts,

Comme un grand aïeul doux menant un enfant rose.

 

Or, l'homme vit soudain, dans le matin joyeux,

Des roses au calice étincelant de gouttes,

Oh ! si chères au cœur et si belles aux yeux

Qu'on eût voulu mourir en les embrassant toutes !

 

« Oh ! comme c'est joli ! » dit-il joignant les mains.

Et tombant à genoux, comme un enfant qui n'ose

L'homme, pour s'embaumer le long des noirs chemins,

Mit ses doigts dans les fleurs et cueillit une rose.

 

Puis, Dieu l'emmena loin parmi les monts géants,

Et lui montrant la neige à leurs pics fantastiques,

Si blanche ! que les yeux se dilataient, béants,

Comme ivres de lumière et de splendeurs mystiques.

 

« Oh ! comme c'est joli ! » dit l'homme radieux,

Et voyant s'écrouler une grande avalanche,

Pour s'égayer en route et se charmer les yeux,

Il prit sur la montagne un peu de neige blanche.

 

Et puis, Dieu l'emmenant dans le ciel, tout d'un trait,

Lui montra des vols blonds d'étoiles immortelles,

Si douces ! qu'ici-bas, toujours l'âme voudrait

Vertigineusement prendre l'essor vers elles !

 

« Oh ! comme c'est joli ! » dit-il, les bras tendus,

Et, pour illuminer ses nuits aux sombres voiles,

L'homme, enlevé sur Dieu, par grands bonds éperdus,

Escalada le ciel et lui prit deux étoiles.

 

Or, comme il était las d'avoir tant cheminé,

L'homme qui revenait vers la terre morose,

S'endormit dans un pli de l'azur satiné,

Ayant à ses côtés, étoiles, neige, et rose.

 

Et le bon Dieu, voulant que l'homme, à son réveil,

Vît en un seul objet ces choses mirifiques :

Neige aux pures blancheurs, rose à l'éclat vermeil,

Étoiles aux rayons doux et béatifiques;

 

Voulant qu'il fût heureux, voulant qu'il fût joyeux,

Voulant qu'il n'eût plus rien à désirer au monde,

Qu'il ne regrettât plus les anges ni les cieux,

Mais qu'il vécût vibrant dans l'extase profonde,

 

Dieu prit étoiles, neige et rose en ses doigts saints,

Et, rêvant un chef-d'œuvre, avec cet amalgame,

Fit de la rose un front, de la neige deux mains,

Des étoiles deux yeux, et du tout une Femme.

 

Jean RAMEAU

 

 

 

 

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