Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /


 

         Un philosophe disait que l’homme n’est qu’un charbon vivant brûlé par le soleil : cette combustion s’appelle la vie.

         La sentence de ce philosophe exprime une vérité profonde et universelle. La vie de l’homme, en effet, et celle de l’humanité entière, n’ont-elles pas pour source le rayon d’or du soleil, comme, d’ailleurs, la vie même de la terre, des plantes et des animaux ? le vent qui gonfle les voiles, qui tourne les ailes du moulin, qui agite la forêt ; le charbon fossile qui met en mouvement la locomotive sur les rails rapides et infinis, ne sont-ils pas produits directement par l’action du soleil, ainsi que la géologie nous l’apprend ? C’est la voix du soleil que nous entendons dans la brise et dans le souffle formidable du vent ; c’est la voix du soleil que nous entendons dans la chanson du ruisseau ; c’est la voix du soleil que nous entendons dans toute harmonie de la nature. Lorsque nous nous demandons d’où viennent la force, l’énergie de notre pensée et de nos muscles, nous répondons qu’elles viennent du sang. En effet, le sang apporte la vie et les matériaux de nutrition à l’organisme entier, qu’il arrose continuellement en circulant, sans se reposer jamais. Et les matériaux de nutrition du sang d’où viennent-ils ? Des aliments qui donnent la vie. Et les aliments ? Des animaux et des plantes. Mais les animaux qui nous fournissent la nourriture, vivent exclusivement de végétaux, et les végétaux, à leur tour, ne vivent que des sels minéraux qu’ils tirent de la terre et du carbone qu’ils tirent de l’air libre, illuminé par le soleil. Sans lumière, la plante ne transforme pas les matériaux inorganiques de l’air en amidon, en sucre et en matériaux de nutrition ; sans les plantes, les animaux ne pourraient pas vivre, et sans les animaux et sans plantes, l’homme ne pourrait pas former son sang et accumuler l’énergie de la vie dans ses muscles et dans ses nerfs. L’origine de la vie organique universelle se trouve donc, tout simplement, dans la fonction que le soleil exerce sur les cellules végétales des plantes. Vie, mouvement, nutrition, tout a ses origines dans le soleil et la lumière ; tout est dans la lumière, et rien ne se produit sans elle.

        « De la lumière ? Donnez-moi de la lumière ? Encore de la lumière ? disait Goethe, mourant. »

  Quel sanglot grand, profond et plein de vérité !

*

       *    *

              Le soleil, qui transforme ainsi la face de la terre, qui crée la végétation et permet la vie aux animaux, arrêterait-il sa formidable influence lorsqu’il s’agit de la société humaine ? Le soleil, qui exerce sa puissance de création et de modification sur le grand  peuple des plantes et des animaux, ferait-il exception pour le peuple des hommes ?

       Non. La destinée des sociétés humaines est réglée, en partie, par le soleil, exactement comme la
société des plantes et celle des animaux. Voici, par exemple, trois faits qui ont toute l’apparence de dépendre excessivement de la volonté libre de l’homme ou des circonstances de la vie sociale : le
crime, le suicide, la folie. Qui pourrait croire, au contraire, que ces trois faits humains dépendent, en grande partie, du soleil ? Le rôle du soleil, dans sa formation de ces trois grandes maladies morales et intellectuelles de l’humanité, saute aux yeux lorsqu’on étudie les statistiques qui enregistrent la succession des faits humains. Celui qui observe la quantité de crimes violents se produisant en été et en hiver, s’aperçoit de suite que les crimes à base de violence sont beaucoup plus fréquents en été qu’en hiver. Il y a encore quelque chose de plus : les années très chaudes ont une quantité de crimes violents plus grande que les années moins chaudes, et il arrive souvent, dans le même mois d’été, que la criminalité baisse à l’improviste, parce qu’une pluie soudaine a rafraîchi momentanément  la température, pour remonter, d’autre part, dès que la pluie a cessé. C’est pour cette raison, que les crimes violents augmentent au fur et à mesure qu’on descend vers le sud, et que ce sont les habitants des pays chauds, ceux qui, généralement, manient avec facilité le couteau ou le revolver. La chaleur est un excitant comme l’alcool. Alphonse Daudet, qui nous a donné un roman pour montrer l’influence du soleil sur l’homme, écrit ceci dans une page de son Numa Roumestan :    « L’homme du midi n’aime pas les liqueurs, mais il est, quand même, ivre depuis sa naissance. Le soleil lui distille dans les veines une terrible liqueur naturelle dont tous ceux qui naissent dans le midi sentent les effets. »

*

*   *

       Non seulement les crimes, mais aussi toutes les actions humaines, qui dépendent d’un état d’irritation ou de surexcitation du système nerveux, obéissent au soleil : elles augmentent avec la chaleur et diminuent avec le froid. Le suicide et la folie, ainsi augmentent, ou éclatent, de préférence, pendant les mois chauds, et le calendrier du suicide est d’accord avec celui de la folie et de la criminalité. Folie, suicide, criminalité, d’ailleurs, ne sont que trois formes

différentes de surexcitation nerveuses, surexcitation que la température élevée porte à son plus haut degré.

        Pour la folie, les chiffres des admissions dans les asiles d’aliénés, établissent que le nombre des cas d’aliénation augmente en été et au printemps, pour diminuer en automne et en hiver. La même chose arrive au suicide. C’est pendant les mois chauds de l’année, de mai à août, qu’on observe le plus grand nombre de suicide.

        Les statistiques médicales nous fournissent  encore d’autres données, qui nous confirme ce qui précède et qui élargissent davantage nos connaissances sur les rapports qui passent entre le soleil et la vie humaine. Ainsi, les accès des aliénés, dans les asiles, sont plus fréquents en été qu’en hiver. La même  chose se passe dans les prisons, où les actes d’indiscipline sont plus fréquents en été qu’en hiver.

        Le soleil d’or enivre comme l’alcool, et, comme l’alcool, excite ; son influence ne se manifeste pas seulement sur le crime, sur la folie et sur le suicide, mais sur toute branche de la vie collective et sociale. M. Jevous a cherché à démontrer  son influence sur les crises industrielles et agricoles, et d’autres économistes et statisticiens sur les naissances, sur les décès, sur les mariages, sur l’âge des époux, sur la physionomie elle-même d’une civilisation tout entière ; Il nous suffit, ici, d’avoir donné un exemple de cette énorme influence exercée par le soleil sur la destinée de l’humanité, et nous voulons finir en rappelant un mot de Stephenson :

- « C’est le soleil qui fait marcher la locomotive sur la voie ferrée » !

        L’inventeur glorieux de la locomotive, en prononçant ces mots, faisait allusion à l’ouvrage lent et continu du soleil pendant les âges préhistoriques, lorsque le soleil avait crée les forêts et les avait transformées en couchent de charbon fossile, ce même charbon fossile qui brûlait dans les entrailles de la machine et lui donnait la force et la rapidité.

        Nous pouvons nous approprier le dire de Stephenson et affirmer, sans crainte d’énoncer un paradoxe :

         - C’est le soleil qui, fortement, contribue à mettre en mouvement cette rapide et merveilleuse machine qui est la vie humaine, courant sur les rails infinis du progrès et de la civilisation !     



 

 

Partager cette page

Repost 0
Published by

Présentation

  • : Le blog de alacroiseedesfils
  • Le blog de alacroiseedesfils
  • : Partager mes passions.
  • Contact

Texte Libre

Merci de vos visites et de vos commentaires
         

Rechercher