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Une « prière » d’Alexandre Dumas

 

        Dès que l’homme quitte notre monde de ténèbres pour entrer en l’immortalité, le soleil de la gloire éclaire d’une lumière – parfois d’une crudité brutale – l’existence du disparu… Alors, ses moindres gestes apparaissent en saillies sur l’écran du passé, ses moindres paroles sonnent en fanfare dans la trompette de la déesse aux cent bouches… Et les anecdotes, rares d’abord, deviennent fourmilières…

        Sont-elles toujours vraies ?

        Mon Dieu ! Avouons que l’esprit de monsieur «  Tout le monde » y met un peu beaucoup du sien…

        L’homme célèbre est à l’ordre du jour : il faut bien en parler… et ma foi ! Un bon mot de plus à son actif n’est pas fait pour lui nuire… au contraire !... Il avait tant d’esprit !...

        On jette la répartie fameuse dans sa chronique….Le public s’en empare … Et, comme ce Marseillais inventeur du poisson monstrueux bouchant l’entrée du port de la Joliette, on fini par croire soi-même que c’est arrivé…

         Allez-y voir !...

*     *

*

        De nos jours, trois hommes ont, plus que tous les autres, bénéficié de cet avantage (?) accordé aux morts : Napoléon, Victor Hugo et … le père Dumas.

         La réputation de ce dernier n’est pas surfaite, loin de là ! C’était un esprit ou plutôt son esprit était français par excellence. Il laissa bien loin derrière lui le truculent Panurge ; et si quelqu’un suivit le précepte du bon Rabelais :

Mieux vault  de ris que de larmes escrire !

Vivons joyeux !

        Ce fut l’auteur des Trois mousquetaires et de Monte-Cristo. S’il a fait et fera larmoyer et frissonner nombre de générations, il fut «  l’éclat de rire «  de la sienne. Telle était sa verve, qu’un jour, se trouvant dans une diligence en compagnie d’un notable industriel parisien, celui-ci, absolument emballé, le saisi, à l’arrivée, par un bouton de son habit, en s’écriant :

- Jeune homme, venez avec moi, votre fortune est faite !

-  Que me faudra-t-il faire ? demanda en riant le «  pays chaud » Dumas.

- Vous serez mon commis-voyageur… Je vous offre quatre mille francs par ans.
Le jeune auteur (il était jeune alors) secoua la tête…

     -Voulez-vous cinq mille ?

     - Non.

     - Six mille ?…Huit mille ?...

     - Bah !... je gagne le double !

     - Et à quoi faire, Grand Dieu ?

     - Mais… à tuer des gens…

         Et Dumas s’en fut, laissant le bonhomme à son ahurissement.

*    *

*

         Cependant, à côté de ces anecdotes purement burlesques, il en est  d’autres d’un caractère attendrissant et qui montrent un Dumas sentimental et … disons le mot : croyant… avec une pointe de scepticisme accentuée.

         Voici le récit d’un petit fait absolument authentique dont le grand romancier fut le héros :

          Ceci se passait à Constantinople, en 1863.

          Une jeune Française, modiste de son métier, travaillait alors dans la  capitale de la Turquie.

         Un dimanche, en revenant de la messe, elle entra chez un libraire.

-  Je voudrais avoir, demanda-t-elle, la suite des Trois mousquetaires, Vingt ans après, d’Alexandre Dumas.

-  Il vous intéresse donc bien ? questionna un grand diable aux cheveux crépus…au teint plus que basané.

-  Certes, répondit la dame… au point que je passe des nuits entières à le lire…

    La conversation se poursuivit quelque temps sur l’écrivain et ses œuvres.

    L’inconnu laissa échapper des détails si précis sur Dumas, que son interlocutrice en fut surprise et lui demanda à brûle-pourpoint :

-  Vous le connaissez donc ?

-  Intimement.

-  Ah !

-  C’est mon meilleur ami… car, dit-on, on n’a jamais de meilleur ami que soi-même… ce qui n’est pas toujours vrai.

-  Quoi ?... vous seriez ?

-  Alexandre Dumas, tout simplement.

Le grand homme se montra si charmant, que la jeune personne osa la supplier de lui donner un …autographe.

Gracieusement, il accéda à son désir et, sur une feuille de papier à lettre bleu, d’une main posée, écrivit la prière suivante :

 

PRIÈRE

Seigneur tout puissant, créateur du ciel et de la terre, vous dont l’œil mesure l’infini, vous qui voyez voler un passereau à l’extrémité du monde le plus éloigné de votre trône, laissez tomber un de vos divins regards sur cette terre, et qui, en échange, glorifiera votre nom dans le tems et dans l’éternité.

Ainsi- soit-il.                                                     Alex. Dumas.

Et Dumas colla lui-même, dans le livre de messe de la jeune femme, ce feuillet qui, pour un amateur, est sans prix.

O Dumas ! Qui l’eut cru ?



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